Le très bon Call me by your name est-il un pas en avant pour la cause homosexuelle ?

Le très bon Call me by your name est-il un pas en avant pour la cause homosexuelle ?

En janvier 2017 est sorti sur les écrans français le film Call me by your name. Une histoire d’amour homosexuelle entre un jeune homme et l’assistant de son père. Primé dans plusieurs festivals et encensé par les critiques, le film est aussi un pas supplémentaire de l’art du cinéma vers la cause homosexuelle. Je suis allé le voir et ai rencontré R. Bonny pour en parler, co-présidente de l’association nantaise d’informations et de défense des droits de la communauté LGBT : Trans’Interactions.

Un film à la fois puissant et poétique mais sans prise de risque

L’action se déroule dans l’Italie des années 80. Elio, jeune homme de 17 ans, y passe ses vacances dans la villa de ses parents à jouer de la musique classique, lire et vivre une amourette avec Marzia, une amie. Il est cultivé, brillant même mais a encore tout à apprendre du désir et de l’amour, choses qu’il découvrira avec Oliver le temps d’un été. Ce dernier est un doctorant américain de 24 ans venu aider le père d’Elio, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, dans ses recherches. Ils vont alors se rapprocher et vivre une romance intense le temps d’un été.

Le film est à l’image des doux et chauds après-midis italiens : calme, lumineux, intense et sensuel. Le temps semble en constant suspens. Baignée par un soleil magnifique, la photographie du film est remarquable et offre des plans esthétiquement très réussis.

Bien que l’entièreté du casting soit brillant, c’est bien le duo Chalamet-Hammer, interprétant les personnages principaux, qui donne au film son éclat. Timothée Chalamet, jeune acteur franco-américain, a dernièrement explosé médiatiquement grâce en grande partie à ce long-métrage, il a même été nommé aux Oscars pour ce rôle. Il est bluffant de justesse, de simplicité et d’humanité tout le long du film. Son duo avec Armie Hammer (The Social Network) illustre avec brio la découverte du véritable premier amour, le véritable amour, irrépressible, impertinent et imprévisible. La relation des deux mêle amitié, amour et sexe pour nous livrer une complicité rare et belle.

Au-delà de cela, une critique subsiste : Call me by your name est parfois presque trop plat, trop prude par rapport à son roman mais il reste une production américaine, on ne peut pas vraiment blâmer le réalisateur. La réussite du film repose donc sur la beauté de celui-ci (visuellement mais aussi dans la relation des deux protagonistes) et sur son brillant duo d’acteurs qui arrive à faire vivre cette magnifique relation.

Une nouvelle prise de position au cinéma

En sortant du film, je me demandais si ce film séduisait aussi la communauté LGBT et si elle voyait, elle aussi, une nouvelle prise de position en faveur de l’homosexualité (masculine qui plus est) par l’art, sujet toujours tabou bien que de moins en moins.

J’ai alors rencontré R. Bonny, co-présidente de l’association Trans’Interactions de Nantes qui informe la population et défend les droits de la communauté LGBT.

Ces premiers mots remettent vite en cause mon jugement sur l’apport du film : “C’est cool de faire un film sur une romance gay, c’est une nouvelle prise de parole et l’on en a jamais assez, mais dans Call me by your name la relation n’est pas l’amour sain par excellence, cela reste un homme et un adolescent de 17 ans.”

En effet, bien que la majorité sexuelle soit de 15 ans, l’histoire reste tout de même un amour adulte-mineur. Mais cet écart est-il alors une pirouette pour ne pas montrer deux hommes dans un couple sérieux et stable ou une volonté d’abolir le tabou de la différence d’âge en amour ? Chacun peut y voir ce qu’il veut.

Elle continue ensuite sur la nature même de la relation, effritant ma vision de l’amour idyllique et pure qui lie Elio et Oliver : “L’autre problème du film c’est l’exotisation de l’homosexualité. C’est de présenter un homme adulte, en couple, et un jeune homme, qui flirte lui aussi avec une jeune fille, se rapprocher et découvrir l’amour homosexuel mais seulement le temps d’un été. Comme si l’homosexualité était une passade, une envie d’un été qu’on range à la fin des beaux jours pour retourner chacun de son côté.”

Il est vrai que l’oeuvre ne représente qu’une courte histoire dans la vie des deux protagonistes, certes forte, belle, vraie et intense, mais une passade tout de même. Bien que la film se doit de respecter le roman américain éponyme d’André Aciman (2007) dont il est l’adaptation, il est important de souligner cette vision de l’amour présenté dans Call me by your name.

 

 

 

Paul Martin

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