Mélissa peint ce qu’elle entend

Atteinte de synesthésie, un phénomène neurologique rare, l’artiste américaine Melissa McCracken peut notamment voir les sons, qui pour elle, ont une certaine forme, une certaine couleur et sont aussi en mouvement. Et s’il était possible de contempler la musique ? Quelles couleurs, quelles formes et quelles textures auraient nos chansons favorites ? La réponse dans cet article.

L’artiste américaine Melissa McCracken (Crédit photo Cameron Wiley)

À 28 ans, Melissa McCracken est synesthète et a décidé de faire de sa condition un art. C’est à l’âge de 15 ans que l’artiste à découvert qu’elle « souffrait » de synesthésie, puisqu’elle ne voyait pas la même chose que son frère.

La synesthésie est une affection neurophysiologique qui crée une interférence des sens. Les personnes atteintes peuvent sentir les couleurs, voir des sons ou ressentir des saveurs lorsqu’elles touchent certaines textures. « En tant que synesthète, la musique que j’entends est traduite en un flux de textures et couleurs » raconte Melissa McCracken au site Positiv.fr.

Rendons tout ça un peu plus concret : un synesthète pourrait par exemple associer un chiffre à une couleur.  Pour lui, le chiffre « 5 » pourrait évoquer une couleur rouge pétillante, et la lettre « I » pourrait avoir une personnalité particulière… En somme, la synesthésie est une particularité de la perception, ou en tout cas une particularité du traitement de ce que l’on perçoit.

La synesthésie concernerait entre 1 et 15% de la population. Oui, c’est une fourchette drôlement large mais l’estimation est complexe : selon Jean-Michel Hupé, chercheur au CNRS, les synesthètes peuvent ne pas réaliser qu’ils perçoivent les choses autrement… Puisqu’ils ont toujours perçu de la même manière.

Et vous, vous y croyez ?

Pour nous, non synesthètes, tout ça peut paraître un peu farfelu, un peu abstrait. Mais la synesthésie n’est pas une illusion, c’est bien une expérience réelle. Le synesthète « voit » quelque chose en plus. Si à nous, non synesthète, on montre une rangée de chiffres « 2 », tous écrits en noir, à l’exception d’un « 2 » écrit en rouge, il est fort probable que nous repérions très rapidement ce « 2 » rouge. En revanche, si vous regardez une rangée de chiffres « 5 », dans laquelle est notée un chiffre « 2 », et que tous ces chiffres sont inscrits en noir, vous risquez d’avoir des difficultés à repérer rapidement le chiffre « 2 ». L’exercice sera vécu différemment par les synesthètes : pour eux, le « 2 » sera d’une couleur sensiblement différente à celle des 5 (en tout cas de façon « virtuelle » : l’œil d’un synesthète perçoit la même chose que nous, mais quelque chose se passerait lors du traitement des signaux perceptifs, à l’intérieur du cerveau). Ces différences entre nos temps de réaction contribuent à prouver la réalité de la synesthésie.

On ne va pas se mentir : si la découverte de la synesthésie ne date pas d’hier (mais plutôt de la fin du XIXème siècle), les recherches restent tâtonnantes et le phénomène est encore une énigme.  Parmi les différentes hypothèses explicatives, on suggère par exemple que la synesthésie pourrait provenir d’un terrain génétique favorable (il y a souvent plusieurs synesthètes au sein d’une même famille). On explique également le phénomène en termes neurologiques, on suppose par exemple que les synesthètes auraient des connexions spéciales entre certaines aires du cerveau, ou encore qu’ils auraient plus d’association entre les circuits de la mémoire, des émotions, du langage, de l’attention et de la perception.

Jean-Michel Hupé se démarque de ces suggestions et pense que la synesthésie aurait quelque chose à voir avec des vestiges de l’imaginaire enfantin : lors de l’apprentissage de la lecture, les enfants associeraient des lettres et des couleurs pour faciliter la tâche. Dans ce processus, des neurones dédiés à acquérir une expertise visuelle seraient mobilisés. Pour les synesthètes, des neurones dédiés à la perception des couleurs pourraient avoir été utilisés pour apprendre la lecture. Du coup, les couleurs synesthésiques pourraient être des réminiscences de la fonction antérieure des neurones.

Maintenant que vous êtes un peu plus renseignés sur la synesthésie, je vous laisse apprécier l’œuvre de Melissa McCracken. Synesthète « synoptiques » l’artiste américaine voit des couleurs en écoutant de la musique. Une plongée unique dans un monde de couleurs et de sons.

Manon RASPAIL

DAVID BOWIE – Life On Mars (https://www.youtube.com/watch?v=v–IqqusnNQ)



RADIOHEAD – Lucky (https://www.youtube.com/watch?v=D3GgTM5KuJ8)

JOHN LENNON – Imagine (https://www.youtube.com/watch?v=VOgFZfRVaww)

PRINCE – Joy In Repetition (https://www.youtube.com/watch?v=M-0VbNXafDc)

JIMMY HENDRIX – Little Wing (https://www.youtube.com/watch?v=Zmm9ZJg0BKk)

LED ZEPPELIN – Since I Have Been Loving You (https://www.youtube.com/watch?v=_KLe2f0GHzQ)

 

 

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