Bretteville-sur-Laize, la petite commune solidaire des réfugiés

Depuis le 25 octobre 2016, la commune de Bretteville-sur-Laize, à 20 kilomètres de Caen, accueille 30 réfugiés soudanais, afghans et erythréens. Majoritairement issus de Calais, ces demandeurs d’asile sont hébergés dans une ancienne maison de retraite. Dans la commune normande, la solidarité des habitants est sans limite.

Est-ce que ces personnes ont été choisies ? Je ne suis pas sûre. Les volontaires se présentaient et les bus sont partis. Je ne pense pas qu’il y ait eu un vrai choix de leur part.” Juliette Guerrand est la directrice du Centre d’accueil et d’orientation (CAO) de Bretteville-sur-Laize. Installé dans une ancienne maison de retraite vacante depuis trois ans et géré par l’association Adoma, le centre héberge 30 migrants, âgés de 19 à 33 ans, originaires du Soudan, d’Afghanistan ou d’Érythrée, réorientés après le démantèlement de la jungle de Calais.

Le centre ne prend pas seulement en charge l’hébergement. “Nous reprenons les dossiers déjà en cours et nous informons les résidents des démarches de demande d’asile en France. On prend en charge les frais de déplacement, on les accompagne dans les écritures de récits.” Le dispositif est temporaire. Lorsque la demande d’asile est enregistrée, les requérants sont redirigés vers des CADA (Centre d’accueil pour demandeurs d’Asile).

Le centre d'accueil et d'orientation de Bretteville-sur-Laize
Le centre d’accueil et d’orientation de Bretteville-sur-Laize

« Comme des Brettevillais »

Au sein du CAO, les résidents sont autonomes. L’entretien des chambres est à leur charge, ils font la cuisine et sont libres de leurs mouvements (il n’y a pas de couvre-feu). Le personnel du centre organise des réunions “d’informations collectives”, pour renseigner les pensionnaires sur les démarches à suivre et les activités à leur disposition. Du côté de la mairie, la situation n’inquiète pas : “Nous les considérons comme des Brettevillais, nous mettons à disposition nos équipements, afin qu’il puisse être servis au même titre que n’importe quel habitant. »

Le climat s’est vite apaisé

En octobre, les rumeurs sur l’arrivée de migrants ont commencé à circuler. Faute d’informations claires, certains ont pris peur, d’autres n’y ont pas prêté attention, quelques-uns s’y sont formellement opposés. Une pétition hostile a même fait le tour de la ville, portée par une minorité d’habitants. L’ancien maire et des concitoyens ont porté plainte pour « incitation à la haine ». La mairie a attendu d’avoir suffisament d’informations de la Préfecture pour communiquer sur le sujet. Dans un courrier adressé à tous les habitants de la commune, elle a appelé au respect et à la générosité. Le climat s’est vite apaisé.

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Un village au passé migratoire

Il faut dire que dans son histoire, la commune a connu des vagues de migration polonaise, espagnole ou encore grecque, dont témoignent encore aujourd’hui les patronymes inscrits sur les boîtes aux lettres. “Nous connaissons nos habitants, nous savions que cette arrivée ne poserait pas de soucis”, précise la mairie. Ici, personne ne veut donner à penser que le climat est hostile. Les résidents s’y sentent bien, la population les acceptent et font leur possible pour les intégrer. Une relation de partage s’est installée dans la ville. Si bien que la directrice du centre d’accueil, Juliette Guerrand, ne cache pas sa satisfaction : “C’est assez exceptionnel comme accueil, je ne sais pas si c’est le cas dans d’autres villes.

“Nous devons faire notre possible pour les intégrer.”

Après l’appréhension, viennent la compréhension et la solidarité. Et si l’arrivée de cette trentaine de réfugiés dans cette petite ville (1 700 habitants) ne pouvait que renforcer les liens et la cohésion entre les habitants ? “Ils fuient une situation invivable, ils n’ont pas quitté leur pays par plaisir, ce sont des humains comme vous et moi, nous devons faire notre possible pour les intégrer”, déclare une habitante.

La majorité des habitants sont même fiers de pouvoir aider ces gens. “Dès leur arrivée, des Brettevillais sont venus souhaiter la bienvenue aux résidants du CAO”, se réjouit la directrice du centre. De la commune ou des alentours, ils ont été nombreux à proposer leur aide. À tel point qu’il a fallu coordonner cet élan de générosité. “Nous avons organisé une réunion le 28 octobre, il y avait près de 60 personnes qui étaient prêtes à devenir bénévoles. C’était ingérable sur le moment.” Il fallait donc trouver un moyen d’organiser les forces afin d’être le plus efficace possible. Un comité s’est créé.

« Il faut valoriser les réussites. »

Le “Collectif accueil Cingal demandeur d’asile” s’occupe donc d’organiser les différentes activités proposées par les bénévoles : cours de français, art plastique, cuisine, sport. Les résidents du CAO choisissent celles auxquelles ils souhaitent participer. Le collectif s’arrange aussi pour récolter des biens matériels, comme de la nourriture, des produits d’hygiène, des vêtements.

Pour Daniel, déjà bénévole pour France Terre d’Asile, s’engager était une évidence. “Au sein du collectif, je suis responsable de la conversation française.” Geneviève était enseignante spécialisée. “J’ai déjà donné des cours de Français. Ici, on fait surtout de la conversation, des jeux d’associations d’images et de mots, il faut valoriser les réussites.” La relation avec les réfugiés s’est faite naturellement. “Ils sont très faciles de contact, il n’y a pas de problème, après les cours ils nous invitent régulièrement à manger,” souligne Daniel. Ces bénévoles s’attachent avant tout à essayer de faciliter l’intégration des résidents. “Le problème principal est qu’ils s’ennuient. Bretteville est assez mal desservi en transports en commun. »

Communiquer… avec les moyens du bord

La barrière de la langue reste un obstacle à franchir pour accompagner les résidents. Pour les Afghans, peu lettrés, il est plus difficile de communiquer et de leur apprendre la langue. Les Soudanais semblent plus à l’aise. Quand le langage butte, la gestuelle prend le relais.  « On peut aussi compter sur certains résidents qui comprennent l’anglais pour traduire à l’ensemble du groupe. »

Du pain, des oeufs, un concert…

Les commerçants de la commune se montrent aussi solidaires. La boulangère offre des baguettes supplémentaires aux réfugiés qui viennent dans sa boutique ; un agriculteur offre des œufs et du lait et de nombreux habitants donnent des biens. Le 6 décembre dernier, un concert de soutien était organisé, avec la participation de la chorale “Courants d’air”. Réunissant 200 personnes, ce concert a permis au collectif de récolter 1 500 € pour les résidents du centre. Un succès.

Depuis, un livre d’or est à disposition à la mairie, déjà signé par le maire et le Préfet. Les réfugiés y ont écrit une lettre pour remercier les habitants de leur aide. À Bretteville-sur-Laize, la solidarité est en marche.

Marine Thimon & Yannis Habachou

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