Immersion au Prix Bayeux-Calvados

Camille et Consoline, étudiantes à l’IUT Information-Communication de Caen et habitantes de la ville de Bayeux, ont eu l’opportunité d’être bénévoles pendant la 23ème édition du Prix Bayeux-Calvados des Correspondants de Guerre en octobre dernier. Avec quatre de leurs camarades, Cléa, Lorrie, Emilie et Sara, elles ont assisté à l’évènement pendant toute la semaine. Consoline et Camille racontent aujourd’hui ce qu’elles ont tiré de cette expérience à la fois humaine et professionnelle.

« Habitantes de la ville de Bayeux depuis longtemps, nous connaissons bien le Prix. Nous avons participé au Prix Lycéen pendant notre scolarité et nous visitons les expositions depuis plusieurs années. Pour nous, participer à cet évènement en tant que bénévoles était l’occasion d’en découvrir les coulisses. Dès le début de l’année scolaire, nous nous sommes rendues au service communication tous les vendredi après-midi. Ces rendez-vous hebdomadaires nous ont permis de créer des liens entre nous six, ainsi qu’avec le reste de l’équipe.

« Dans ce métier, c’est difficile de se faire un nom car on raconte l’histoire des gens. On passe après notre sujet. » – Edouard Elias

Au fur et à mesure, nous avons acquis une plus grande connaissance du Prix et de ses enjeux. Notamment ceux auxquels nous n’avions pas pensé au premier abord, comme le fait que les invités soient de tels grands noms de la profession. En tant que Bayeusaines, nous ne nous étions jamais rendues compte que notre ville accueillait des personnalités si emblématiques. Plusieurs fois, nous avons dû préparer des programmes personnalisés, ou aller chercher à la gare de grands reporters tels qu’Edouard Elias, Jean-Claude Guillebaud, Nicolas Poincaré, Rémy Ourdan, Patrick Chauvel ou d’autres. Petit à petit, en voyant ces noms apparaître dans différentes listes, nous avons effectué des recherches. Nous nous sommes rendues compte de leur passé : ancien otage, habitants de Sarajevo pendant le siège, journalistes récompensés et ayant couvert la majeure partie des conflits des trente dernières années, etc.

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Les membres du jury 2016, présidé par Jean-Claude Guillebaud. – Copyright Matej Leskovsek
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Cyrille Malinosky, directeur de la communication de la ville de Bayeux, et Jean-Claude Guillebaud lors des travaux du jury. – Copyright Matej Leskovsek

Nous avons eu le sentiment qu’une grande partie des journalistes présents, malgré leur prestigieux passé et leur importance au sein de la profession, étaient des personnes très accessibles. Ils ont su rester aimables et ouverts à la discussion avec nous.

« Des journalistes continuent à se faire tuer (…) Ce n’est pas vrai que tuer un journaliste c’est le faire taire. » – Eric Valmir

Ces discussions nous ont amenées à acquérir une ouverture d’esprit que nous n’avions pas forcément. Étant de jeunes étudiantes, nous avons tendance à être directement dans l’émotion et l’admiration. Nous ne prenons pas de recul. Ce fut notamment le cas lors de la soirée du jeudi soir pendant laquelle a été projeté le documentaire « Jim : The James Foley Story ». James Foley a été le premier otage à se faire décapiter par Daesh, révélant ainsi l’identité de cette organisation au monde entier. Nous avons toutes les six été  bouleversées par ce film et cet hommage.

“Jim: The James Foley Story – Official trailer”

Cependant, en discutant avec différents journalistes, nous avons pris conscience de l’envers du décor. Malgré le respect qu’ils ont tous pour Jim, certains estimaient qu’il n’était pas professionnel, qu’il prenait trop de risques et ce parfois inconsciemment. D’autres nous ont dit que le film était trop « américain ». Pour eux, on y met trop en avant les Etats-Unis. Rappelons que les américains aussi ont fait des prises d’otages. Ils ont utilisé la torture comme méthode d’interrogatoire pendant longtemps, si ce n’est toujours le cas. Cela a été enrichissant pour nous d’essayer de nous intéresser aux autres facettes de certains sujets, et à ce qu’elles impliquent.

« Si j’ai déjà envisagé d’arrêter ce métier ? A froid, jamais. Sur le terrain, trois fois par jour. » – Julien Fouchet

Les soirées à thème, qui se tenaient dans le chapiteau des reporters sur la place Gauquelin-Despallières, abordaient des sujets controversés, et réunissaient des personnes importantes. Cela impliquait de grandes consignes de sécurité, en partie à cause des attentats que l’Europe a connu ces derniers mois. Toute personne voulant entrer au sein du chapiteau était fouillée et passée au détecteur de métaux. Des grilles et des voitures anti-béliers étaient installées autour de la place pour éviter tout problème. Plusieurs voitures de CRS étaient  présentes en permanence dans toute la ville, et des policiers en civil effectuaient des rondes régulières.

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Les intervenants lors de la soirée « L’Afrique des Grands Lacs », le vendredi 7 octobre. – Copyright Matej Leskovsek

Nous avons nous-même reçu des consignes de sécurité strictes. Nous devions notamment être attentives aux personnes suspectes.  Un climat de paranoïa pouvait se faire sentir à certains moments. Le dévoilement de la stèle commémorant les reporters morts dans l’exercice de leurs fonctions et les soirées ont été les périodes les plus tendues pour nous. Notre formation ne nous a pas forcément préparées à nous confronter aux problèmes de sécurité. Nous avons été surprises de toutes les mesures prises, même si celles-ci nous ont vite semblées logiques compte tenu du climat actuel.

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Christian Hoche, un grand reporter et ancien otage, et Jean-Claude Guillebaud lors du dévoilement de la stèle à la mémoire des reporters décédés. – Copyright Facebook Officiel du PBC

Le Prix a vraiment été une très grande opportunité pour nous. Dans un premier temps, cela nous a permis d’étoffer notre CV avec un évènement reconnu internationalement. Cela nous a aussi donné l’occasion de faire des rencontres importantes, à la fois pour nos recherches de stage et pour nos futures vies professionnelles, que pour notre accomplissement personnel. Certaines d’entre nous ont réussi à créer des relations durables et à garder contact avec des reporters.

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Camille, Sara, Cléa et Lorrie avec Ismail Ferdous, un journaliste free-lance venant du Bangladesh et participant à la Masterclass Nikon.

De plus, un journaliste free-lance envoyé en mission à la jungle de Calais pour le New York Times a proposé à trois d’entre nous de le conduire et d’être sa traductrice. Ce n’est pas souvent que de pareilles opportunités s’offrent à des étudiants en deuxième année de communication. Nous nous estimons particulièrement chanceuses.

« Cette situation dramatique a permis de découvrir un véritable message d’espoir. » – Yannis Behrakis

Les soirées « festives » comme la soirée Nikon, qui s’est déroulée à La Paillote, un bar de Bayeux, ou le grand repas à la Comète, la salle des fêtes de la ville, nous ont permis de nous détendre avec tous les invités. Ces soirées étaient importantes pour nous comme pour le reste du service communication et des organisateurs. Elles nous ont permis de nous éloigner quelque peu de la difficulté de ce nous voyions pendant la journée.

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Les familles des reporters décédés ou disparus dans l’exercice de leur fonction lors du dévoilement de la stèle les commémorant. – Copyright Facebook Officiel du PBC

La semaine nous a semblé très courte, car très chargée. Nous avions beaucoup de missions confiées par le service communication, telles que : faire l’accueil, placer le public et passer les micros pendant les conférences, accompagner des reporters dans les classes où ils intervenaient, préparer les programmes personnalisés, faire les rooming-lists et les déposer dans tous les hôtels, accueillir et accompagner les reporters et les invités jusqu’à leurs hôtels et veiller à ce qu’ils ne manquent de rien, mais aussi superviser la masterclass Nikon pour l’une d’entre nous, etc. Nous n’avons donc pas eu le temps de faire les expositions pendant la semaine de l’évènement.

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De gauche à droite : Stanko Vasic, Rémy Ourdan, Jean-Claude Guillebaud et Patrick Chauvel lors de la conférence suivant la projection du film “Le Siège” de Rémy Ourdan. – Copyright Matej Leskovsek
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Jean-Marie Porcher, ancien grand reporter et ingénieur du son à France Info, lors d’une rencontre avec une classe du collège d’Isigny.

D’autre part, nous avons tenté d’assister à la majeure partie des manifestations, même celles où notre présence n’était pas requise. Nous avons considéré notre bénévolat comme une chance. Nous tentions de profiter de chaque instant, et d’emmagasiner le plus de connaissances possibles. Cette « mission » que nous nous sommes fixée fut un réel succès à nos yeux. Cela nous a permis de réaliser qu’il y avait de grandes lacunes dans notre culture générale. Nous nous en sommes par exemple rendues compte à la suite du visionnage du reportage de Rémy Ourdan et Patrick Chauvel sur le siège de Sarajevo, où nous nous sommes senties ignorantes.

« L’information, c’est aussi l’oxygène de notre démocratie » – Patrick Gomont, Maire de Bayeux

Par ailleurs, nous voulions vraiment montrer à l’équipe du service communication que nous étions investies et prêtes à les aider jusqu’à la fin, et ce malgré la fatigue. Notre plus grande récompense a été de voir que Cyrille Malinosky et le reste de l’équipe étaient satisfaits et reconnaissants de notre aide. »

 

Camille Le Roy et Consoline Grand-Guillot

 

Si vous souhaitez approfondir ce sujet, nous vous invitons à consulter le site officiel du PBC et sa chaîne Youtube.

Nous vous invitons aussi à regarder la soirée de remise des prix.

 

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